DEFINITION

La loque américaine est une maladie du couvain operculé affectant les trois castes d'abeilles (ouvrières, mâles et reine). Elle est aussi appelée loque maligne, loque gluante, loque filante ou loque puante (american foulbrood, AFB, en anglais). Cette maladie engendre une mortalité des larves, et ce, généralement après operculation. La mort d'un grand nombre de larve engendre le non renouvellement des abeilles adultes condamnant de ce fait la colonie. Seules les larves sont atteintes, les adultes sont des porteurs sains de la maladie.

Contrairement à ce que son nom indique cette maladie est présente partout dans le monde sauf en Afrique sub-saharienne. Son nom provient du fait que son agent causal a été identifié en 1903 aux Etats-Unis. Il s'agit de la bactérie Paenibacillus larvae (bactérie Gram +) anciennement nommée Bacillus larve.
La loque américaine est considérée comme une malade grave d'une part car elle est très contagieuse et d'autre part car il est difficile de se débarrasser de la bactérie lorsqu'elle est sous forme de spore (forme de résistance).
Une colonie touchée par cette maladie est voué à l'effondrement si aucune mesure n'est prise.

En France (en 2015) c'est une maladie classée danger de première catégorie (anciennement Maladie Réputée Contagieuse, MRC). Lorsque un apiculteur constate ou suspecte un cas de loque américaine dans ses colonies il doit contacter le plus rapidement possible les autorités sanitaires (soit en département les DD(CS)PP, pour Direction Départementale (de la Cohésion Sociale) et de la Protection des Populations). Il est conseillé aussi de contacter l'organisme départemental chargé du sanitaire apicole (Section apicole de GDS, GDSA). Les personnes mandatées par l'Etat prendront alors les mesures de police sanitaire nécessaires.

 

BIOLOGIE

La bactérie existe sous deux formes :

  • Une forme végétative, où elle est en forme de bacille. C'est dans cette forme qu'elle se multiplie. Par contre cette forme n'est pas infectieuse pour la larve.
  • Une forme de résistance, la spore, capable de supporter des conditions environnementales difficiles (congélation, chaleur, UV, oxydation). C'est cette forme qui est infectieuse chez les larves.


P. larvae peut résister sous sa forme de spore:

35-40 ans

Dans les écailles (Haseman, 1961)

Plus d’un an

Dans le miel

8 h

A 100°C, en chaleur sèche

10-15 min

Dans de l’eau à ébullition

30 min

Dans du miel à ébullition

Les larves sont contaminées via leur nourriture. Une larve de un jour n'a besoin que d'une dizaine de spores pour être atteinte, alors qu'au stade de deux jours il faut déjà des millions de spores (soit lorsque la pression infectieuse est très importante).
Après ingestion des spores, celles-ci germinent, c'est-à-dire qu'elles vont se réactiver et se transformer en bacilles (forme de multiplication). La population de bactéries va croitre dans l'intestin moyen. Autour du stade pré-nymphe (8ème jour) les bactéries vont pénétrer le tissu de l'intestin, puis à terme vont se propager dans l'ensemble des tissus (septicémie) engendrant la mort de la nymphe entre le 10ème et le 12ème jour.
Avant l'operculation aucun signe clinique n'est visible.
Après operculation la larve va s'affaisser au fond de l'alvéole, elle est parfois détectée rapidement par les abeilles et éliminée (les adultes se contaminent au passage). Plus il y a de larve évacuées, plus le couvain a un aspect de mosaïque. Un cadavre de nymphe peut contenir 20 millions de spores.
Les larves qui ne sont pas détectées vont se transformer petit à petit en écailles très adhérentes à la paroi. Elles sont difficiles à nettoyer pour les abeilles et peuvent passer inaperçu. Ces écailles contiennent des millions de spores pendant plusieurs années d'où le danger.
Au départ la maladie n'est pas très visible, si la colonie est assez forte et que les conditions sont bonnes, les larves atteintes sont éliminées et la colonie maintient un état sanitaire viable. Mais la loque se propage tout de même, un affaiblissement de la colonie engendrera une augmentation du nombre de cellules non nettoyées ce qui entraine l'apparition des symptômes cliniques. L'affaiblissement peut être dû à un taux infectieux important, ou l'apparition d'une autre maladie, un stress, des carences alimentaires, une mauvaise météo. Lorsqu'une majorité du couvain est atteint celui-ci commence à pourrir d'où l'odeur associée à la loque américaine. La colonie ne peut plus renouveler ses adultes, elle va peu à peu s'affaiblir jusqu'à mourir. Durant cette période la ruche peut être pillée. Les pilleuses pouvant contaminer leur colonie d'origine.
Parfois des colonies atteintes connaissent un épisode d'amélioration (bonnes conditions météo, bonne alimentation) mais rechute plus tard dans la saison. Il est très rare qu'une colonie guérisse spontanément.

Attention !
Il existe plusieurs souches ayant différentes virulences.

 

FACTEURS FAVORISANTS

Les conditions favorisant la loque américaine sont :

  • celles qui fragilisent les larves comme la mauvaise nutrition
  • et surtout les pratiques apicoles de l'apiculteur et de ses collègues.


Un facteur majeur est la carence en protéines. La gelée administrée aux larves par les nourrices contient beaucoup de protéines permettant leur bon développement. Pour rappel l'unique source de protéine des abeilles est le pollen.

Ainsi il existe plusieurs situations qui peuvent favoriser cette carence :

Rapport faible adultes/couvain

Début du printemps (grand nombre de larves à nourrir mais pas assez de nourrices)

Intoxication (remplacement des butineuses mortes par les nourrices plus tôt que d’habitude)

Une infestation varroa forte diminuant la durée de vie des abeilles d’hiver et donc des populations faibles en sortie d’hiver

Des regroupements d’essaims pas assez populeux

Carence en pollen

Zone peu pollinifère

Mauvaise météo empêchant les butineuses de sortir

Gelée nourricière de moindre qualité, souvent dû à un problème au niveau des glandes hypopharyngiennes des nourrices

Une forte infestation par varroa

Infection des nourrices par le virus du couvain sacciforme (SBV=Sacbrood Bee Virus)

 

Les mauvaises pratiques apicoles sont aussi des facteurs pouvant induire la loque américaine :

  • ne pas changer régulièrement les cadres par des neufs
  • ne pas nettoyer et désinfecter son matériel (l'idéal serait de le faire entre chaque ruche, mais le minimum est de le faire entre chaque rucher)
  • nourrir avec du miel potentiellement contaminé
  • faire des échanges entre ruchers
  • la présence de ruche malade dans le rucher (mauvaise réactivité de l'apiculteur)
  •  l'import d'essaims potentiellement malades


Remarque : Une trop forte densité de ruches dans un rucher est source de dérive et encourage au pillage. Ces deux comportements sont des vecteurs non négligeables de la plupart des maladies apiaires dont la loque américaine.

 


SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC


Quels sont les signes cliniques observables en cas de loque américaine ?

« Couvain désoperculé »

Présence de larves sombres, affaissées avec la langue (proboscis) tirée vers le haut

caractéristique

Couvain en général

Couvain en mosaïque

 

Opercules effondrés, concaves, un peu plus sombres (aspect gras)

 

Opercules percés, éclatés, fendillés

 

Présence d’écailles seiches, sombres et adhérentes aux parois des alvéoles

caractéristique

Masse visqueuse filante sur plus de 1 cm (test de l’allumette)

caractéristique

Colonie en général

Colonie faible voire dépeuplée

 

Au stade avancé, odeur forte (entre l’orange pourrie et le poisson mort, odeur ammoniacale)

caractéristique

Attention !
Selon le stade de la maladie le test de l'allumette peut être négatif.
Il est important de pouvoir différencier lors de son diagnostic terrain la loque américaine d'autres maladie comme la loque européenne (dans le couvain fermé, test de l'allumette, écaille adhérente) ou le couvain sacciforme (forme de sac remplie de liquide blanchâtre, couvain fermé).
Par contre il est possible de trouver en même temps la loque américaine et d'autres maladies.



Le diagnostic sur le terrain n'est qu'un diagnostic de suspicion. Le diagnostic de certitude se fait au laboratoire. Il existe différentes méthodes d'analyse en laboratoire :

  • Bactérioscopie / culture.
  • PCR (Polymerase Chain Reaction) : méthode onéreuse mais très fine.
  • Comptage de spores dans le miel.


La présence de bactérie P. larvae dans un prélèvement ne signifie pas qu'il y a maladie, il faut savoir s'il y a des symptômes caractéristiques associés.

Que faut-il prélever pour les analyses en laboratoires ?

Des carrés de couvain centrés sur le couvain anormal  12cm x 12cm
Des abeilles prélevées sur le couvain (nourrices)  minimum 100
Du miel et du pollen pour une PCR ou un comptage

 

TRANSMISSION

La propagation de la maladie peut se faire à plusieurs niveaux :

A l’intérieur de la ruche De la nourrice à la larve
De la larve à la nettoyeuse
Par trophallaxie entre abeilles adultes
Entre les ruches d’un même rucher Par pillage
Par dérive
Utilisation de matériel contaminé
Nourrissement avec du miel contaminé
Par échange de cadres
Entre ruchers Installation d’un essaim malade
Furetage
Par pillage
Utilisation de matériel contaminé
Nourrissement avec du miel contaminé
Lors de transhumance
Proximité d’un rucher abandonné ou mal géré

 

CONDUITE A TENIR ET TRAITEMENT

 

En cas d’anomalie sur vos colonies contactez la structure qui s’occupe du sanitaire apicole locale (GDSA ou Section apicole de GDS, voir coordonnées).

L’usage des antibiotiques bien que (trop) répandu est interdit en France. De plus ils sont inefficaces contre la forme sporulée.

Le traitement passe donc par des techniques apicoles et va dépendre du stade de la maladie. La mesure à suivre sera prise par le(la) représentant(e) de l’autorité compétente.

Plusieurs options existent :

Loque américaine diagnostiquée très tôt (quelques larves affaissées sous des opercules percés, pas d’odeur caractéristique, et maximum 3 cadres atteints) - Retirer et bruler le ou les cadres contenant des larves malades.- Nourrir- Créer un blocage de ponte (via nourrissement ou encagement) pour « obliger » les abeilles à nettoyer
Si le stade est un peu plus avancé et que la colonie est forte (hors hivernage) - Transvaser sur cires neuves (voir procédé plus loin)- Nourrir deux jours après
Si la colonie est très atteinte (plus de la moitié des cadres touchés) - Supprimer la colonie (mèche soufrée)- Détruire les cadres et les abeilles mortes - Désinfection du corps de la ruche (s’il est encore en bon état)

La destruction des colonies est indemnisée en partie par l’Etat.

Dans tous les cas l’apiculteur doit faire une visite approfondie (cadre par cadre) de toutes les colonies du rucher potentiellement infecté. Une deuxième visite est conseillée pour observer d’éventuels nouveaux cas dans le rucher.

Pour se débarrasser des bactéries P. larvae dans la cire il faut la faire fondre de 120°C pendant un minimum de 30 secondes.


 

PREVENTION

Remplacer au minimum trois cadres par an dans vos ruches avec des cadres neufs La bactérie peut s’accumuler dans les cires et contaminer la colonie
Eviter la dérive, en limitant la densité des ruches dans votre rucher Pour éviter la transmission de la maladie d’une ruche malade à une ruche saine
Eviter le pillage, en surveillant régulièrement les ruches afin de soigner, retirer (rucher de quarantaine) ou détruire les ruches malade Pour éviter la transmission de la maladie d’une ruche malade à une ruche saine
Surveiller les réserves de la colonie et pallier à d’éventuelles carences Pour éviter de carencer les larves
Faire attention à l’emplacement (éviter les zones peu pollinifères) Pour éviter de carencer les larves
Maitriser l’infestation de varroa

Pour ne pas nuire au développement des glandes hypopharyngiennes des nourrices

+ Pour ne pas avoir une diminution du nombre d’abeilles durant l’hiver

Désinfecter son matériel apicole (lève-cadre, gants, enfumoir, habit,…) Pour ne pas être un vecteur de la bactérie
Eviter l’utilisation de la brosse à abeille et favoriser l’utilisation de fougère ou autres herbes présentes dans le rucher, voire l’utilisation de plumes La brosse touchant les cadres des colonies, elle peut être contaminée et disséminer les bactéries dans d’autres ruchers
Sélectionner ou se procurer des souches dites « hygiéniques » Ses souches nettoient plus facilement et plus rapidement les larves mortes permettant de limiter la propagation de la maladie
Effectuer régulièrement des visites sanitaires de ses ruches (minimum trois dans l’année) Plus tôt la maladie est détectée plus facilement elle est gérée (et la colonie sauvée)

Maintenir des colonies fortes et équilibrées

Une colonie forte fait plus facilement face à ce genre de maladie et peut parfois s’en sortir toute seule

 

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